Jérusalem, capitale du féminisme religieux

Branle-bas de combat sur l'esplanade du Mur des lamentations. Ce matin, date du premier jour du nouveau mois hébraïque, les « WOW » (Women of the Wall), les activistes féministes juives de l'association « Femmes du Mur », ont de nouveau ferraillé, sous protection militaire, pour obtenir le droit à la prière égalitaire au pied du « Kotel », le lieu le plus saint du judaïsme. Cette fois, les membres de l'association qui se réclament à la fois des courants du judaïsme réformé, conservateur et orthodoxe, avaient prévu d'apporter leurs propres rouleaux de la Torah, avant d'y renoncer sous la pression de Naftali Bennett, le leader du parti «Foyer juif », à la fois ministre de l'Industrie et des services religieux, qui les avait reçus quelques jours auparavant.
(Photo : D.R.)

Des milliers de manifestants ultra-orthodoxes étaient également au rendez-vous pour protester contre les pratiques des « Femmes du Mur », qui revendiquent le droit de revêtir le talith (châle de prière portés par les hommes juifs) et les phylactères en cuir (Téfilin), usage qui a été reconnu comme légal par une cour de Jérusalem, lors d'une décision du 25 avril. Et ce, alors qu'un projet de création d'une troisième section de prière égalitaire aux abords de l'Arche de Robinson, vient d'être soumis en début de semaine par le président de l'Agence Juive, Natan Sharansky, en tant qu'émissaire du Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou.

Alliance entre femmes orthodoxes et libérales

Pour autant, ce combat des « WOW » s'inscrit dans un contexte beaucoup plus large. La lutte pour la prière égalitaire n'est en effet qu'une bataille parmi d'autres livrées à Jérusalem contre l'exclusion des femmes. Paradoxe qui ne laisse pas d'étonner: la capitale de l'État hébreu, qui compte une importante population ultra-orthodoxe (20%, contre 10% au niveau national), est également considérée en Israël comme la citadelle du féminisme religieux. Ici militantes laïques et religieuses n'ont pas hésité à s'allier pour combattre les tentatives d'exclusion des femmes de la place publique, au nom d'une interprétation radicale de la loi juive. Y compris au sein du conseil municipal de Jérusalem, où a siégé pendant quatorze ans Anat Hoffman, la fondatrice des WOW, et dont la vice-maire, n'est autre qu'une activiste écologiste juive pratiquante, Naomi Tsur.

Une campagne contre l'exclusion des femmes des publicités. (Photo : D.R.)
Dernier exemple en date du combat des femmes hierosolymitaines: l'affichage publicitaire. Sous la pression d'extrémistes religieux, la ville a cautionné pendant des mois la disparition des visages féminins dans les campagnes d'affichages. Jadis, les publicitaires israéliens craignaient de choquer les haredim s'ils montraient une femme en maillot de bain. Puis ils ont purement et simplement décidé de retirer tout modèle féminin des affiches placardées dans les rues dans la capitale. De peur de s'exposer aux actes de vandalisme de la rue ultra-orthodoxe...

Bataille publicitaire

Le cas le plus choquant? Celui de Caanan, la régie publicitaire de la compagnie nationale d'autobus Egged, condamnée par la Haute Cour de Justice pour avoir refusé d'afficher les photos de la candidate Rachel Azaria, pendant la campagne des élections municipales de 2008... « Cinq ans plus tard, nous sommes toujours obligées de nous battre pour notre droit à la visibilité sur les autobus de Jérusalem ! », constate la plaignante. Ironie du sort, cette femme pieuse - devenue entre temps conseillère municipale - s'est imposée comme la figure de proue du combat contre l'exclusion des femmes, au nom de la religion.

Son action est - il est vrai - relayée par de nombreuses associations. A commencer par Yerushalmim, née en 2009, l'un des rares organismes à but non lucratif  du pays à fédérer des résidents laïcs et religieux (se réclamant d'un judaïsme libéral, traditionnel ou orthodoxe) dans cette bataille contre la ségrégation sexuelle. « Nous œuvrons pour le maintien du pluralisme et la diversité dans notre ville», résume l'un de ses leaders, le rabbin (de la mouvance conservative) Uri Ayalon. L'association est notamment parvenue à convaincre certains annonceurs de ne pas céder aux « hommes en noir », à l'image d'Adi, un organisme pour le don d'organes, qui avait renoncé à montrer des visages de femmes dans le cadre d'une campagne publicitaire prévue sur les bus de la ville sainte, avant de rectifier le tir.

Aucun visage humain

Reste qu'il y a quelques mois, les responsables de l'agence Caanan et ceux de la compagnie d'autobus Egged ont fini se mettre d'accord: en imposant aux annonceurs qu'aucun visage humain (d'homme ou de femme) n'apparaisse sur les panneaux placardés sur leurs véhicules! Les activistes de Yerushalmim et leurs défenseurs au sein du conseil municipal peuvent en revanche crier victoire sur un autre terrain: après dix-huit mois de lobbying, les sourires féminins s'affichent de nouveau dans les rues de la capitale, suite à une série de recours déposés devant les tribunaux. Y compris le sourire ravageur du Top model israélien le plus connu de la planète, Bar Rafaeli... 
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