Viktor Svyatski, l'homme derrière les Femen

Un film présenté à la Biennale de Venise a révélé que les Femen, le groupe de féministes ukrainiennes connues pour leurs actions seins nus, était dirigé depuis sa fondation par...un homme. Ukraine is not a Brothel (« L'Ukraine n'est pas un bordel ») de la réalisatrice australienne de 28 ans Kitty Green, décrit Viktor Svyatski, présenté par l'organisation comme « un consultant », comme le cerveau du mouvement d'activistes « sextrémistes ».
Les Femen arrosent l'archevêque de Bruxelles, Mgr Léonard, après ses propos sur l'homosexualité, en avril dernier. (Photo : Femen.org)

Selon le site web des Femen, Viktor Svyatski aurait été passé à tabac cet été par les services secrets ukrainiens en raison de son soutien affiché au groupe. Mais pour Kitty Green, la réalisatrice australienne de 28 ans de Ukraine is not a Brothel, il serait bien plus qu'un simple sympathisant, mais carrément l'homme à l'origine de sa création et même son éminence grise, celui qui tirerait les ficelles dans l'ombre. « C'est son mouvement et il a lui-même choisi les filles, explique la jeune femme. Il a choisi les plus jolies pour faire vendre du papier. Elles ont fait la Une des journaux, et c'est comme ça qu'on a vendu la "marque" ».

Un « patriarche » à la tête d'une organisation féministe

Pour le moment, l'étendue exacte du pouvoir de Viktor Svyatski reste méconnu. D'après le long-métrage de Kitty Green, ce serait lui qui aurait envoyé plusieurs membres du groupe effectuer l'une de leurs plus dangereuses missions, dans la Biélorussie voisine, où elles auraient été arrêtées par les services secrets, mises à nu, humiliées et frappées avant d'être abandonnées dans une forêt près de la frontière avec l'Ukraine. La réalisatrice, qui a vécu un an en compagnie de quatre Femen dans un petit appartement de Kiev, les avait accompagnées dans cette action. A mesure que le tournage progressait, elle s'est rendu compte petit à petit de l'emprise de Viktor Svyatsi sur le mouvement. « Une fois que j'étais entrée dans son cercle, je ne pouvais plus l'ignorer, explique-t-elle. Il est Femen ». Le même Viktor Svyatski aurait d'abord refusé de se faire filmer avant de finalement accepter. « C'était un gros défi moral pour moi parce que j'ai réalisé comment cette organisation était dirigée, poursuit Kitty Green. Il pouvait être horrible avec les filles. Il lui arrivait de leur hurler dessus et de les traiter de garces ».

Dans une interview avec elle, le fondateur des Femen tente de justifier son rôle dans l'organisation et reconnaît lui-même le paradoxe qu'il y a à être un « patriarche » à la tête d'une organisation qui, précisément, se donne pour tâche de combattre le patriarcat. « Ces filles sont des faibles, peut-on l'entendre déclarer. Elles n'ont pas de force de caractère. Elles n'en ont même pas le désir. Au lieu de cela, elles se montrent soumises, lâches, incapables de ponctualité, et tout un tas d'autres raisons qui les empêchent de devenir des activistes politiques. Ce sont des qualités qu'il est essentiel de leur enseigner ». Il insiste ensuite sur le fait qu'il exerce une influence positive sur le groupe en lui-même. Mais lorsqu'on lui demande si il a lancé le mouvement Femen pour « avoir des filles », il répond : « Peut-être bien que oui, inconsciemment ».

L'une des activistes décrit la relation entre l'homme et les filles sous son commandement comme proche du « syndrome de Stockholm », c'est-à-dire la propension des otages à éprouver de la sympathie pour leur ravisseur, expression qui a d'ailleurs fêté ses quarante ans il y a peu. « Nous sommes dépendantes psychologiquement de lui, explique-t-elle, et même si nous savons que nous pourrions faire ce que nous faisons sans son aide, c'est toujours de la dépendance psychologique ».
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